Emouvant a été jeudi le geste de Mohamed Baazizi, handicapé et à la santé fragile, lorsqu'il s'est prononcé au bureau de vote d'un hameau isolé de la modeste commune rurale de Fesdis, à 10 km au nord de Batna, pour un des six candidats à l'élection présidentielle.
Ni sa paralysie, ni sa cécité totale ni encore moins le poids de ses 69 ans et demi ne l’ont empêché de s’exprimer lors de ce scrutin qu’il a qualifié de «crucial pour le pays et le peuple algérien». Rencontré au gré du hasard par une journaliste de l’APS au bureau de vote installé au hameau de Bouakaz, dans la commune de Fesdis, Mohamed tâte des deux mains le bureau sur lequel sont placées les six piles de bulletins et prends un bulletin de chaque candidat.
Il chuchote à l’oreille du jeune qui l’accompagne pour l’interroger certainement sur le bulletin du candidat qu'il va choisir. Au sortir de l’isoloir, il fait signe au même jeune homme qui l’accompagne jusqu’à un bureau en face où il place, toujours en tâtonnant, son enveloppe dans l’urne.
Il pousse, après ce geste, un profond soupir et dit tout doucement «Tahya El Djazaïr», suivi d'un sourire simple de satisfaction qui se dessine sur son visage buriné. Les jeunes présents dans le bureau semblent puiser dans cet homme une sorte de détermination et une motivation supplémentaire pour faire de même à leur tour.
«L’Algérie coule dans mes veines et je n’attends aucune récompense pour avoir accompli mon devoir sauf, peut-être, celle de voir mon pays rayonner et vivre en paix», assure Mohamed à l’APS avant d’affirmer n’avoir «jamais raté un rendez-vous électoral». «Mon handicap n’a jamais été un obstacle entre moi l’Algérie dont l’amour éclaire ma route, même si je suis aveugle», lance-t-il encore avant de manifester sa «détermination à toujours accomplir (mon) devoir de citoyen jusqu’à la mort».
Abdelakrim Dembri, le voisin de Mohamed et qui le promène dans son fauteuil roulant, souligne qu’en dépit de l’éloignement de son habitation du centre de vote, de son handicap et ses autres maladies chroniques, cheikh Mohamed a insisté pour être, comme à l’accoutumée «parmi les premiers votants» dans cette agglomération rurale où les habitants le respectent énormément.
«Je vote pour l’Algérie et je suis fier d’avoir placé mon bulletin dans l’urne, car c’est la seule voie de l’espoir, la stabilité et la continuité», affirme ce père de quatre enfants.