La percée enregistrée par les forces irakiennes face au groupe terroriste autoproclamé «Etat islamique» (EI/Daech) au centre de Fallouja, a permis l'ouverture d'une nouvelle brèche à Mossoul, dernier bastion de l'EI en Irak, en proie aux violences terroristes depuis plus de deux ans.
La reprise de Fallouja, à l'exception d'«une petite part», soit 70% des quartiers, et du principal QG gouvernemental sur lequel a été hissé le drapeau national, marquerait l'un des plus importants revers jamais essuyés par les éléments de l'EI en Irak depuis la proclamation de leur supposé «califat» en 2014.
Les forces armées continuent d'avancer pour libérer les quartiers nord de Falloudja, à 50 km à l'ouest de Baghdad, l'EI étant toujours présent dans les quartiers nord de la ville où il retiendrait des milliers de civils comme boucliers humains. Le groupe terroriste s'y est redéployé après le lancement par l'armée, appuyée par les paramilitaires du «Hachd al-Chaabi» et par le soutien aérien de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, de l'offensive pour
reprendre la ville.
De conséquences sérieuses sur les populations
Selon le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), la débandade del'EI à Fallouja a entraîné un exode massif avec la sortie de quelque 20.000civils de la ville en seulement quelques heures vendredi dernier.Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des centaine de personnes traversant à la nage l'Euphrate pour se réfugier dans un lieu sûr.Le NRC a dit craindre pour les civils restés à Fallouja qui seraientles plus vulnérables -femmes enceintes, personnes âgées et handicapées- sanspouvoir préciser leur nombre.
Seules quelques personnes ont pu s'échapper dela ville.Au fur et à mesure que l'étau se ressere sur ces zones, environ 50.000à 100.000 personnes, sur les 500 000 que compte la ville, s'y retrouvent piégéessans accès à l'aide humanitaire et exposées à des risques multiples et multiformes.Outre les maladies de la peau, d'hypertension et de diarrhées, une possée
de cas de polio chez les enfants est désormais à craindre, avertit l'ONU.En peu de mots, l'«état de santé des adultes et des enfants déplacésest précaire», a souligné le Dr Ala Alwan, responsable de la région Méditerranée orientale de l'OMS.
Un second front s'ouvre à Mossoul
Revigorées par leur percée à Fallouja, les forces irakiennes ont repris leurs opérations autour de Mossoul, le dernier grand bastion de l'EI en Irak que le Premier ministre Haidar al-Abadi a promis de «libérer très prochainement». L'objectif immédiat étant de reprendre la localité de Qayyarah et «d'en faire un tremplin pour reconquérir Mossoul», environ 60 km plus au nord, a déclaré le ministre de la Défense irakien Khaled al-Obeidi.
Pour Patrick Martin, analyste spécialiste de l'Irak à l'Institute for the Study of War, basé à Washington, l'EI pourrait survivre à la perte de Fallouja. «La machine de propagande de l'EI sur les réseaux sociaux trouvera probablement toujours les moyens d'attirer les recrues et d'encourager les attaques de loups solitaires», estime-t-il. Est a enregistré «de minimes succès» sur le terrain en Syrie et en Irak ces derniers mois, mais il a fait «les gros titres» en revendiquant des attentats meurtriers notamment en Occident, ajoute-il.
Néanmoins les batailles pour reprendre Mossoul et la ville de Raqa, prises par l'EI, changeraient véritablement la donne. «Leur perte (pour l'EI) signifierait la perte des illusions sur le califat», estime Patrick Skinner, un analyste du groupe Soufan.
Le 24 mars, l'armée irakienne avait lancé une offensive majeure pour reprendre la province de Ninive. Décrite comme une première étape pour la reconquête de Mossoul, cette opération était menée à partir de la localité de Makhmur, au sud de Mossoul et à l'est de Qayyarah. A ce jour, les forces irakiennes ont repris à l'EI les villes clés de Tikrit, Ramadi, Baïji et sa raffinerie et Sinjar.
Mais la reprise de Faloudja «a montré les capacités des forces irakiennes à vaincre le groupe terroriste sur le terrain», a déclaré l'ambassadeur des Etats-Unis, Stewart Jhons, à Baghdad. L'Irak est en proie à une vague de violences depuis que l'EI a pris le contrôle de certaines zones des régions nord et ouest, en juin 2014, entraînant le déplacement de plus de trois millions d'Irakiens.