Les deux principaux favoris à la présidentielle du 11 octobre au Burkina Faso, Zephirin Diabré et Roch Marc Christian Kaboré, ont condamné hier le coup d'Etat mené par des militaires contre les autorités de la transition.
«L'Union pour le Progrès et le Changement (UPC, le parti de M. Diabré) condamne avec la dernière énergie cette prise de pouvoir par les armes aux antipodes des principes démocratiques», écrit M. Diabré, président de l'UPC, qui était le chef de file de l'opposition sous le régime de Compaoré, dans un communiqué transmis aux médias.
«Elle (UPC) appelle ses militants, sympathisants et l'ensemble du peuple à rester mobilisés et à s'organiser pour défendre la démocratie et l'Etat de droit. L'UPC exige le retour sans délais de l'ordre constitutionnel et de la légalité républicaine», conclut-il.
Roch Christian Kaboré, ancien proche de Compaoré, devenu un de ses opposants les plus virulents, «réaffirme» dans un communiqué de son parti le Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP) «qu'il est contre la prise du pouvoir par la force, contraire à l'idéal et aux principes démocratiques, à la Constitution et à la charte de la transition».
M. Kaboré a exigé la libération immédiate et sans condition du gouvernement (...) s'oppose à toute perturbation du calendrier électoral établi (...), réitère son soutien aux autorités de la transition et appelle (...) à se mobiliser conséquemment pour faire échec à cette énième remise en cause de la transition et des acquis démocratiques de notre pays».
MM. Kaboré et Diabré étaient les deux grands favoris de la présidentielle dont le premier tour devait avoir lieu le 11 octobre. Ce scrutin couplé à des législatives devait mettre un terme à la transition mise en place à l'issue de la chute de Compaoré, chassé par la rue après 27 ans au pouvoir en octobre 2014.
Un couvre-feu instauré de 19 heures à 6 heures
Un couvre-feu a été instauré de 19 heures à 6 heures au Burkina Faso, au moment où les frontières terrestres et aériennes ont été fermées jusqu'à nouvel ordre, selon un communiqué du Conseil national de la Démocratie (CND), nouveau pouvoir mis en place par des militaires putschistes.
Des éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) avaient fait irruption Mercredi après-midi dans le palais présidentiel en plein Conseil des ministres et pris en otage le président de la transition Michel Kafando, son Premier ministre, Isaac Zida, et au moins deux ministres.
Ce nouveau coup de force du RSP intervient à moins de deux semaines des élections présidentielle et législatives du 11 octobre, censées mettre un terme à la transition.
Le général Gilbert Diendéré a été placé à la tête du Conseil national de la Démocratie (CND).
Paris condamne «un coup d'Etat» et appelle à la «remise en place» des institutions
Le président français François Hollande a condamné hier un «coup d'Etat» au Burkina Faso, exigeant la «remise en place des institutions».
«Le président Hollande condamne fermement le coup d'Etat qui a eu lieu au Burkina Faso (et) appelle à la libération immédiate de toutes les personnes arrêtées, à la remise en place des autorités de la transition et à la reprise du processus électoral», indique un communiqué de l'Elysée. Les militaires du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) au Burkina Faso, qui avaient pris en otages mercredi le président et le gouvernement mercredi, ont annoncé jeudi matin avoir «dissous» les institutions de la transition et promis d'organiser des «élections inclusives». Plusieurs responsables politiques ont appelé les Burkinabè à se mobiliser dans la rue pour protester contre ce coup de force.
Le président du Conseil national de la transition (assemblée de transition), Cheriff Sy, a notamment appelé «le peuple à se mobiliser immédiatement contre cette forfaiture».