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La famine dans le Sersou : V - 1938 : L’annee Des Calamites Agricoles

Publié par Une étude de Amar Belkhodja - Journaliste-auteur le 18-02-2014, 16h43 | 247
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La commune de Tiaret n’a jamais renoncé à l’opération refoulement. En juin 1938, la municipalité a réquisitionné un car qui a transporté une trentaine de mendiants vers le centre de Ammi-Moussa, siège d’une des plus vastes et des plus peuplées des communes mixtes de la région. 

La paysannerie est à nouveau la principale victime des calamités qui ont lieu en 1938 (sécheresse, gelée). Plusieurs zones du département d’Oran sont déclarées sinistrées.La situation de l’agriculture est précaire depuis sept années déjà. Les récoltes sont déficitaires, parfois nulles. En 1935, la crise agricole est aigue. En 1937, d’importantes superficies emblavées ont été livrées au pacage. Au cours des autres campagnes, les rendements moyens n’ont pas atteint deux quintaux à l’hectare.

Le Conseil général du département d’Oran se préoccupe davantage de la situation des colons européens de la région de Relizane touchés par le sinistre agricole et demande à l’administration centrale de compenser les pertes subies. On reconnaîtra néanmoins  que « la misère qui règne déjà dans les hauts plateaux ne fera que s’accroître et l’hiver sera, pour les indigènes principalement, d’une dureté telle que la famine fera de nombreux victimes si les pouvoirs publics ne viennent au secours de ces malheureux » (1). 
En pareille circonstance, la paysannerie algérienne est très réprouvée. Cantonnée dans une micro- exploitation, elle est réduite à la misère totale au moindre aléa naturel. Ce sont donc là des situations qui déclenchent un important mouvement des populations qui vont, au gré du hasard, à la recherche d’un secours salutaire.

Les colons européens sont par voie de conséquence dérangés dans leur quiétude par les familles algériennes qui n’ont été épargnées ni par le régime colonial ni par la nature : « Il faudrait empêcher l’exode des meskines des campagnes vers les villes. A Tiaret nous voyons actuellement de malheureux petits enfants mourant de faim, errer dévêtus dans la cité » (2). 

Nous sommes au printemps et la situation des algériens est grave. En hiver, elle sera catastrophique. Un élu européen du Conseil général du département d’Oran signale que « des indigènes, à l’heure actuelle, se nourrissent d’herbes et de racines… Des indigènes qui vivent généralement en faisant du charbon sont poursuivis en vertu du Code Forestier. On les oblige ainsi à crever de faim » (3).

En avril 1937, la ville traverse la même situation que Tiaret. Des meskines y déferlent. Ils viennent de la zone algéro-marocaine où sévit une épidémie de typhus. Les meskines, faméliques et loqueteux, arrivent à Oran dans un épuisement total. Ils meurent dans la rue. La place de la Bastille est envahie par des femmes déguenillées, portant des enfants à moitié nus.

Le Conseil général du département d’Oran, qui reconnaît que la mendicité est devenue un mal permanent en Algérie, propose la création de camp d’hébergement pour accueillir « les gueux » et les cacher hors de la vue de la population européenne. « On ne verrait plus alors des malheureux quémander et s’accrocher aux voitures qu’ils empêchent de démarrer » (4).

On admet que le dépôt de mendicité, appelé aussi camp d’hébergement qu’on se propose d’ouvrir, aurait une clientèle considérable constituée non seulement de mendiants mais de chômeurs aussi.
Au fil des jours, la situation devient alarmante. Les meskines affluent de partout pour se fixer dans les agglomérations. Un grand nombre d’entre eux sont obligés de tendre la main. La mendicité, voilà une pire humiliation qui a accompagné le peuple algérien durant toute la première moitié du XXe siècle. La seconde moitié de ce siècle s’ouvrira sur la déflagration de novembre 1954.

Le sort est dur, impitoyable. Il frappe des milliers d’hommes de femmes, d’enfants qui vont en procession à la conquête des cités européennes et centres de colonisation dans l’espoir de faire reculer les ravages et la fatalité de l’inanition. « Loqueteux, malpropres, ils parcourent les rues de nos cités, implorant la charité publique : hommes, femmes et enfants, d’une grande misère physiologique, servent souvent de véhicule inconscients aux germes de graves maladies » (5).   

En septembre 1939, la commune de Tiaret recense 169 chômeurs Algériens et 59 Européens. Sur le chiffre global de la population algérienne de la localité qui est de 13 000 habitants, 1 200 personnes sont recensées comme étant des miséreux. Avec la deuxième guerre mondiale, une nouvelle page s’ouvre. Elle est aussi sombre que celles que nous venons de lire. Elle aggrave la situation sociale des populations algériennes. Les épidémies déciment des familles entières. Tiaret et sa région paient le tribut. La plupart des familles sont endeuillées consécutivement à l’épidémie de typhus qui frappe à toutes les portes.

La misère atteint un degré effarent. Toutes les denrées, le tissu et autres produits sont rationnés. Le marché noir devient florissant. L’origine des fortunes de certains « indigènes » prend souvent ses racines dans ces époques de crises. Ces fortunes conserveront toujours cet arrière-goût qui soulève le cœur parce qu’elles avaient pris forme sur les décombres et la misère des autres.

Pour lutter contre l’extension des maladies épidémiques, l’administration coloniale donne des instructions pour l’organisation des centres d’épouillage et de bref hébergement des mendiants et vagabonds musulmans (6) et également d’assurer leur retour dans leurs communes d’origine.
La guerre, la crise économique et les restrictions donnent lieu à une série de méfaits. Des vols d’étoffes, de tentures et de lingeries sont signalés dans les églises, les mosquées et les zaouïas. La distribution de tissu au profit de la population algérienne de Tiaret prévoyait une division en trois groupes : la classe ouvrière, la classe moyenne, et la classe aisée.

La rareté du tissu est aigue à tel point qu’on utilise toutes de compensations. On assista à des mariages où le trousseau de la mariée ne comprenait en tout et pour tout que deux ou trois robes confectionnés en sacs de toile qui avaient contenu auparavant des vivres que les Américains avaient débarqués.
La situation de crise persiste même au lendemain de l’armistice. Les restrictions dans le marché du tissu sont subies par tout le monde y compris les morts, quand ils sont de confession musulmane évidemment. La situation oblige certains élus algériens de réclamer l’augmentation de l’attribution de tissu à 7 mètres au lieu de 4 mètres qui étaient remis pour la confection de linceul.

C’est également en août 1946, en prévision du mois de ramadhan, que la commune de Tiaret, prend des dispositions pour augmenter les attributions en produits contingentés (7).   A l’occasion de cette période, 300 Kg de pâtes alimentaires ont été mis à la disposition du Muphti de la mosquée de Tiaret pour être distribués gratuitement aux miséreux.

Pendant le conflit euro-européen (1939-1945-, appelé «Deuxième Guerre mondiale», le peuple algérien subissait les retombées les plus désastreuses. Produits alimentaires et tissus étaient strictement rationnés. La rareté du tissu était telle que dans plusieurs régions du pays, les morts étaient enterrés sans linceul. Les jeunes mariées confectionnaient leurs « robes » dans des sacs de récupération ayant contenu des vivres de secours aux pauvres. Les restrictions économiques imposées à la colonie frappent d’abord les algériens puisque le rationnement se pratique selon la règle discriminatoire des deux collèges.

Ainsi les rations distribuées aux familles françaises d’Algérie sont nettement supérieures à celles cédées aux algériens. Ainsi, si on permet aux français d’Algérie de continuer de vivre sans souffrir de grands besoins, le régime colonialiste abandonne les algériens à leur misère et à leur détresse.  Par manque de savon par exemple, les mauvaises conditions d’hygiènes ouvrent les portes à toutes les épidémies qui déciment les familles algériennes. Pendant la guerre Euro-Européenne dite deuxième guerre mondiale, le typhus a fait des ravages en Algérie.
 

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