Culture

Entretien avec Sofiane Attia, un artiste comme les artistes : «Faites tout ce que vous voulez, existez !»

Publié par DK News le 17-02-2014, 16h49 | 161
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Une devise qu’il s’applique depuis toujours, comme une sorte de principe, qui l’a conduit aujourd’hui à revenir avec une nouvelle pièce théâtrale originale «Laalat Iaadam» (La Nuit d’exécution) avec des scènes cruelles transportées au théâtre pour poser les vraies questions de la vie et surtout les derniers moments de la fin de cette vie !

Pouvez-vous nous parler des personnes qui ont crée la pièce ?

Sofiane Attia : La pièce  est un travail de groupe où chacun a participé. Cela va des récits de personnes qui ont apporté leurs témoignages et moi qui me suit occupée de la dramaturgie et mise en scène. Sans oublier le support de tous les membres et fidèles de la coopérative Canevas. 

Comment s'est passée la mise en œuvre de la pièce Lailat Iaadam?

Très bien malgré le manque d’espace de répétition à Bordj Bou Arréridj. Les salles sont en rénovation et la salle Bachir Ibrahimi qui appartient à l’APC de Bordj Bou Arréridj est utilisée seulement pour des festivités très limitée.

J’ai personnellement sollicite le maire qui m’a envoyé baladé en me disant clairement que cette salle a été  rénovée dernièrement et ne sera pas utilisée de peur qu’elle soit dégradée ! Heureusement qu’au niveau locale, malgré l’étroitesse de la salle du complexe de proximité les Frères Madjdoub où nous avons pu répéter et présenter notre pièce. Dans les autres wilayas et au TNA, nous avons été pris en charge et bien accueillis. On a réussi à donner plusieurs spectacles à Bejaia, Sétif, Guelma, Batna et à Bordj Bou Arreridj, en attendant d’autres régions du pays.

Revenons à la pièce, qu'est-ce qui fait son originalité?

Son originalité est qu’elle a touché à un point des plus sensibles, au sujet le plus tabou qui est la les derniers moments de la vie et l’avant saut : la mort. Et suite aux événements que connait la société : viols, violences sous toutes ses formes, l’isolement, le jugement des autres, on se rejette…, il était essentiel pour nous de tirer la sonnette d’alarme pour crier fort stop à ce comportement qui n’est pas dans notre culture, cessez d’insulter les autres, de juger les autres.  

La pièce théâtrale dévoile à travers les différents âges des Hommes, l’excision culturelle des mots et des expressions liées à la vraie face de l’Homme sans hypocrisie ou ruse, et remet en question la place qu’occupe vraiment l’être humain dans notre société.

Pourquoi avoir choisi d'inscrire la pièce dans le réalisme ?

D'abord parce que le théâtre est plus réaliste, et qu'ensuite si l'on doit raconter une histoire dont la proposition est invraisemblable, il vaut mieux que cette histoire s'inscrive dans le cadre le plus réaliste possible, c'est-à dire le moins contestable par le spectateur. Sinon, personne ne croira à rien ni aux personnages, ni à ce qui leur arrive, ni aux situations... à rien.

Et puis, c'est une façon aussi de retrouver la morale. Parce que l'on est dans quelque chose de réaliste, j'ai des repères, je sais ce qui est bien, ce qui est mal. Je vois comme c'est difficile pour le héros de passer du mal au bien, que ce n'est pas une partie de plaisir, que ça coûte. Je m'étais dit qu'au tournage j'allais prendre les choses comme elles viendraient. Dans leurs décors, dans leur éclairage. Je m'étais même décidé à ne pas me poser la question des raccords lumière... à réaliser «en l'état».

Cette pièce théâtrale, c’est un appel à la vie contre l’étouffement et toute existence subie ?

Comment on peut échapper à la mort ?  C’est un peu ce que montre la pièce, en pervertissant le système : volez, truandez, faites du scandale mais jouer une pièce théâtrale. Faites tout ce que vous voulez, existez ! C’est un appel à la tolérance, au dialogue et surtout à aimer les autres.

Quels sont les objectifs à venir pour cette pièce ?
Se faire connaître de tout le public et atteindre toutes les couches sociales.
 
Pourquoi le monde extérieur est-il souvent hors champ ?

Dans les pièces théâtrales que je fais, les personnages doivent être des héros. Le problème, c'est comment vont-ils le devenir ? Comment vont-ils cesser de l'être ? Qu'est-ce qui va les contrarier ? Ma façon d'y répondre, c'est, formellement, que le monde soit mis à l'écart, que mon héros le traverse comme une force en marche. J'ai eu très tôt la certitude que la vitesse de la pièce Lailat Iaadam allait reposer sur le ou les comédiens. 
 
Quel accueil a eu ce spectacle ?

Pour ceux qui ont assisté au spectacle, c'est une grande réussite. Félicitations, applaudissements et encouragements ont été pour nous une grande récompense. «Venez voir et après vous jugerez, et là votre jugement aura de la valeur pour nous».
 
Pourquoi vous avez utilisé l’arabe classique pour concentrer l’attention sur le texte ?

Pas forcément, non ! C’est à chaque scénariste en scène de trouver sa propre pertinence ! Ce n’est pas par choix, mais un pur hasard. C’est suite à un premier  jet.  Nous commencions sur un rythme long. Tout ça pour que les gens puissent vraiment entendre la pièce.
 
Adapter au théâtre d’une manière cohérente un texte aussi consistant est un véritable défi, surtout lorsqu’ils ont eu un tel succès public. Comment s’est construite cette mise en scène ?

J’avais déjà mes idées au départ. Au fil des lectures, elles se sont affinées. L’objectif était de trouver une cohérence, d’instaurer un fil rouge, pas tant dans la narration que dans les sensations. J’ai  donc décidé de construire le spectacle comme une nuit de fin de vie, de fabriquer une évocation de fin de vie à travers ces textes.

Tous les rituels des dernières heures avant l’exécution, ces moments d’intimité parfois tellement ennuyeux à vivre. Je n’aime pas le dimanche ! Mais ces moments là, ces sensations si particulières, on y repense toujours avec tendresse.
 
Il a donc fallu faire une sélection ?

Nous sommes partis ensemble sur plusieurs versions, chacun dans son coin, pour nous apercevoir que nous avions choisi les mêmes ! Ça m’a permis de me replonger dans le détail de la pièce, de me rendre compte à quelle point l’écriture de la pièce est travaillée, rythmée. Chaque mot a sa place. C’est de la dentelle ! Pour moi qui ai l’angoisse du trou de mémoire, ça demande un travail de précision qui ne laisse pas de place à l’improvisation.
 
Comment est venu le choix d’intégrer une part musicale au spectacle ?

Pour moi, l’idée d’apporter une forme musicale m’intéressait. Nous avons d’abord pensé à un pianiste avant d’en mesurer les limites, tant au niveau de la scénographie que dans la pratique. Peu à peu, l’idée d’un musicien guitariste a émergé.
 
… Vous partez pour une longue tournée… c’est important pour vous de porter le théâtre partout où il peut être reçu ?

De jouer beaucoup, oui. Quand on la chance de tenir un spectacle qui marche bien, il faut tout faire pour l’exploiter. Ce n’est d’ailleurs pas parce qu’on évolue dans un circuit subventionné que l’on doit refuser des mots comme exploitation ou rentabilité. Au contraire. Que des théâtres puissent gagner de l’argent permet de donner davantage à des spectacles plus difficiles d’accès, à une troupe moins connue, d’embaucher du personnel, de se donner plus de moyens techniques, etc…

Quand ça marche, faisons en sorte d’exploiter ce succès. C’est pour ça qu’il ne faut pas accepter des comédiens qui signent pour trente dates seulement! On signe pour une durée illimitée et à nous de nous démerder pour organiser nos vies en fonction. C’est notre mission lorsqu’on travaille dans le théâtre, notre devoir parce que c’est au service du citoyen.

Il faut que les théâtres s’interrogent là-dessus. Par exemple, un théâtre ne peut pas être vide, en jachère pendant plusieurs mois. C’est aberrant. Là, à Bordj Bou Arréridj,  nous essayons de remplir les salles et de les occupées malgré les contraintes et les obstacles que nous rencontrons en longueur d’année. Je suis un artiste, je reste artiste et travailler sans toutes les conditions.
 
Ce travail quotidien ajoute en pression ou plutôt vous rassure ?

J’en rêve même la nuit ! Je fais le rêve récurrent que je ne trouve pas le théâtre, que je n’arrive pas à l’heure. Et je me réveille. Du coup, je refais le texte. Et même si ce cauchemar ne me tire pas de mes draps, je travaille toutes les nuits entre deux courtes plages de sommeil. Toutes les nuits pendant plusieurs heures.
 

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