Culture

Assassinat d’Audin : Les aveux du tortionnaire Aussaresses confirment ce que des historiens ont déjà révélé

Publié par DK News le 11-01-2014, 16h15 | 34
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L’historien Alain Ruscio a affirmé vendredi que les aveux posthumes du sanguinaire Paul Aussaresses sur les circonstances de l’assassinat du jeune mathématicien Maurice Audin par l’armée française, après avoir été enlevé de son domicile et torturé en juin 1957 durant la guerre de Libération nationale, confirment les soupçons  déjà exprimés par des historiens et qui l’accablaient déjà.

Dans un entretien accordé à l’APS, en réaction à la parution du livre-document de Jean-Charles Deniau «La vérité sur la mort de Maurice Audin» publié aux éditions des Equateurs, l’historien a également appelé à la «reconnaissance» par la France des pratiques de la torture, durant cette guerre, qualifiant ce geste d’»utilité publique».

«Je considère qu'il s'agit d'une confirmation», affirme Alain Ruscio à propos des aveux  posthumes de Paul Aussareses. «L'assassinat de Maurice Audin est hélas une certitude, ancrée depuis maintenant plus d'un demi-siècle», rappelle-t-il, soulignant que les travaux de l’historien Pierre Vidal-Naquet, «à qui on ne rendra jamais assez hommage, avaient établi la vérité depuis longtemps». Il restait, certes, des détails sordides à élucider. Qui ? Dans quelles circonstances ? Où est le corps ? Je ressens cependant un malaise en lisant les aveux d'Aussaresses.

D'abord parce qu'il s'agit d'un entretien oral, sous forme de questions-réponses, un peu sèches. Malgré son grand âge, Aussaresses n'aurait-il pas dû laisser un écrit ?», s’est interrogé l’historien. Sur les appels de la veuve de Maurice Audin, qui souhaite pour sa part que la France condamne la torture et les exécutions sommaires perpétrées en Algérie durant la période coloniale, l’historien qui relève que «sans négliger les pas en avant franchis par le président François Hollande par rapport à la négation pure et simple des temps précédents»,

il considère que «nous sommes loin du compte!». Rappelons seulement que la torture a traversé toute l'histoire coloniale, de l'Indochine à Madagascar, en passant évidemment par le Maghreb. Mais, lors de la guerre d'Algérie, elle est devenue une pratique de masse», a-t-il dit, ajoutant que  la quasi-totalité des familles algériennes a eu un de ses membres arrêté, et le plus souvent torturé, sans même parler des exécutions sommaires».

«Oui, la France coloniale a érigé la torture en système de terreur»

L’historien a alors déclaré qu’»il faut d'urgence, et définitivement, se débarrasser de la thèse des +bavures+, soutenant que «Oui, la France coloniale- et donc d'abord les hommes politiques -  a érigé la torture en système de terreur», affirmant que  «la reconnaissance de cette pratique est devenue d'utilité publique, afin de pouvoir enfin passer à ‘autre chose’ entre la France et l'Algérie».

Sur l’hypothèse que  cette condamnation  par la France des pratiques de la torture durant la guerre de libération nationale, puisse un jour voir le jour, l’historien observe  que  «le chemin parcouru n'est pas mince, depuis un demi-siècle», mais qu’«il reste des pas décisifs à franchir»,  ajoutant, «oui, je crois que le jour viendra où cette reconnaissance aura lieu.

Mais il faudrait à la France, une gauche (gouvernementale) un peu plus ambitieuse, courageuse», relevant que ceci «est un autre combat». Sur la contribution des historiens à apporter dans leurs travaux pour appuyer les aveux posthumes du tortionnaire Paul Aussaresses, Alain Ruscio relève que «fort heureusement, les historiens n'ont pas attendu Aussaresses !, citant encore une fois Pierre Vidal-Naquet, mais  affirmant qu’«on peut désormais s'appuyer sur les travaux d'une nouvelle génération», évoquant notamment Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault, ajoutant cependant qu’«il faut faire plus».

«L'accès totalement libre aux archives est une priorité, c'est une évidence. Mais entendons-nous bien sur ce mot, ‘archives’, a-t-il dit, affirmant que ce qui a été donné à Mme Josette Audin « avait été à l'évidence expurgé. Sur l'ordre de qui ? Par qui?», s’est-il demandé. Il a  ainsi rappelé  que l'accès aux archives n'est pas un «cadeau fait par les autorités, mais est dû aux citoyens, en conformité avec la loi», déplorant qu’on est loin aujourd'hui».«Que l'on ne nous parle pas de l'honneur de l'armée (française) ! C'est le contraire : son vrai honneur serait de reconnaître ce qui a été fait en Algérie, sur ordre des autorités politiques», a fait valoir l’historien.

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