D’émouvants témoignages vivants apportés par les moudjahidine Said Allik (90 ans) et Mohamed El-Hadi Cherif (101 ans) sur les massacres du 8 mai 1945 ont suscité l’émoi des participants à une conférence historique organisée, lundi, à la faculté de droit de l’université Mohamed Lamine Debaghine (Sétif-2).
Le témoignage de Said Allik Alias "Da Said", originaire de Kherrata, a plongé l’assistance dans une ambiance empreinte de tristesse, en relatant l’exécution sous ses yeux de sept membres de sa famille (ses parents, deux frères, deux grandes sœurs et sa petite sœur de cinq mois le 9 mai 1945), au moment où ils fuyaient leur maison au centre de Kherrata pour échapper à la répression, alors qu’il n’avait que 13 ans.
Il s’est rappelé de ce mardi 8 mai 1945, jour de marché, lorsqu’un citoyen de Kherrata est rentré de Sétif racontant que les habitants de Sétif avaient organisé une marche, suivis dès lors par ceux de Kherrata qui en firent de même, mais, poursuit-t-il, les gendarmes français les avaient aussitôt dispersés. Selon Said Allik, les manifestants avaient décidé de recommencer le len demain, soit le 9 mai, en se regroupant devant le pont de la ville.
Les habitants de Kherrata s’étaient donc rassemblés comme prévu en scandant des slogans en faveur de l’indépendance de l’Algérie, se remémore Said, affirmant que c’est le chef du bureau de la poste de Kherrata qui tira le premier sur les manifestants.
Les choses se précipitèrent ensuite avec l’arrivée des troupes françaises, ce qui marqua le début du massacre, ajoute Said, affirmant que les corps des manifestants de Kherrata remplissaient les rues de la ville avant de les jeter au lieudit "chaâbet Lakhra".
De son côté, le moudjahid Mohamed El-Hadi Cherif qui habitait près de la mosquée Abi Dhar El Ghifari d’où débuta la marche a évoqué en détail ces massacres en dépit du poids des années. Pour sa part, le recteur de l’université Mohamed Lamine Debaghine, Pr. Kheier Guechi, a estimé que cette rencontre est une occasion pour archiver les déclarations des derniers témoins oculaires des massacres du 8 mai 1945.
Expert en droit international, Pr. Guechi a estimé que ce qui s’est produit le 8 mai 1945 et les évènements qui suivirent constituent ‘‘un génocide sans précédent dans le monde’’. Hôte de la ville universitaire de Sétif, l’historien Mohamed El Korso, très affecté par ces deux témoignages, a affirmé que les massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata ‘‘sont uniques au monde par leur barbarie extrême’’.
Organisée dans le cadre de la célébration du 77ème anniversaire des massacres du 8 mai 1945, cette conférence s’est déroulée en présence d’étudiants et de chercheurs des départements d’histoire de plusieurs universités du pays, des autorités locales, de représentants du mouvement associatif et des scouts musulmans algériens.