La publication par le magazine Valeurs Actuelles d'une tribune de militaires à la retraite sur le "délitement" qui frappe la France, a soulevé l'indignation de plusieurs figures politiques françaises fustigeant la "politisation des armées", suggérée par la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen, et dénonçant aussi "le manque de réaction du gouvernement".
La tribune, publiée mercredi dernier et signée par "une vingtaine de généraux, une centaine de hauts gradés et plus d'un millier d'autres militaires", appelle le président français Emmanuel Macron à "défendre le patriotisme", selon l'hebdomadaire ultra conservateur Valeurs Actuelles.
D'après le magazine, ces militaires, dénoncent le "délitement" qui frappe la France et "qui, à travers un certain antiracisme, s'affiche dans un seul but: créer sur notre sol un mal-être, voire une haine entre les communautés".
"Nous sommes disposés à soutenir les politiques qui prendront en considération la sauvegarde de la nation", ont ils écrit dans le texte, initié par Jean-Pierre Fabre-Bernadac, officier de carrière.
Par ailleurs, la tribu ne de militaires a été saluée par Marine Le Pen, qui a invité ses auteurs à la rejoindre pour la prochaine présidentielle.
"Je vous invite à vous joindre à notre action pour prendre part à la bataille qui s'ouvre (...) qui est avant tout la bataille de la France", a dit la cheffe du parti Rassemblement national dans sa réponse à la tribune de militaires, publiée deux jours plus tard par Valeurs Actuelles.
"Comme citoyenne et comme femme politique, je souscris à vos analyses et partage votre affliction", a-t-elle également écrit.
Fustigeant une initiative d'"irresponsable" et dénonçant aussi les propos de Marine Le Pen, la ministre française des Armées Florence Parly, a jugé que "les armées ne sont pas là pour faire campagne mais pour défendre la France et protéger les Français ".
"La tribune irresponsable publiée dans Valeurs Actuelles est uniquement signée par des militaires à la retraite, qui n'ont plus aucune fonction dans nos armées et ne représentent qu'eux-mêmes", a-t-elle commenté sur Twitter, en rappelant que "deux principes immuables guident l'action des militaires vis-à-vis du politique: neutralité et loyauté".
La gauche en colère
Pour Mme Parly, "les mots de Madame Le Pen reflètent une méconnaissance grave de l'institution militaire, inquiétant pour quelqu'un qui veut devenir cheffe des Armées", en référence à la candidature de la cheffe de l'extrême droite pour la présidentielle de 2022.
"La politisation des armées suggérée par Madame Le Pen affaiblirait notre outil militaire et donc la France", a encore fustigé la ministre française des Armées.
Par ailleurs, la tribune de militaires a provoqué l'îre de plusieurs figures de la gauche qui ont dénoncé le "manque" de réaction du gouvernement face à ce texte "séditieux" qui pourtant vise directement la République française et la menace.
Ainsi, le chef de La France Insoumise (LFI, gauche radicale) Jean-Luc Mélenchon a critiqué une "stupéfiante déclaration de militaires", quant à l'ancien candidat socialiste à la présidentielle de 2017, Benoît Hamon s'est ému du fait que "20 généraux menacent explicitement la République d'un coup d'Etat militaire".
"Des militaires appellent à une chasse aux sorcières, à une éradication, à défendre des "valeurs civilisationnelles" à rebours de la République, ça finit sur une menace de guerre civile, Le Pen salue ces apprentis factieux et ? Rien. On se réveille ?", a renchéri le député LFI Eric Coquerel.
Conclusion, pour Aurélien Taché, député LREM (La République en marche) : "La démocratie française est bel et bien m enacée". La semaine précédente, Valeurs Actuelles avait publié une tribune de l'ancien ministre Philippe de Villiers, titrée "J'appelle à l'insurrection". Son frère, Pierre de Villiers, ancien chef d'état-major des armées est cité par certains comme possible candidat à la présidentielle de 2022.