Les partis nationalistes bosniaque et croate ont remporté les municipales à Mostar, ville symbole des divisions de la Bosnie, ce qui les place en bonne position pour prolonger un règne qui dure depuis la fin de la guerre intercommunautaire, a annoncé lundi la commission électorale. Mostar, qui avait été découpée en zones croate et bosniaque par l'accord de paix de Dayton (Etats-Unis) signé à Paris il y a 25 ans, votait pour la première fois depuis 12 ans à des municipales. La principale formation croate, le HDZ (Union démocratique croate), a gagné le scrutin dans les zones croates et arrive en tête dans l'ensemble de la ville, avec plus de 37% des voix, selon des résultats préliminaires basés sur le décompte des voix dans 65% des bureaux de vote. Pour sa part, une coalition rassemblée autour du grand parti bosniaque, le SDA (Parti d'action démocratique de Croatie), s'est imposée dans les zones bosniaques, et termine deuxième à l'échelle de la ville, avec 29% des voix. Mostar compte 100.000 habitants, dont 48% de Croates catholiques et 44% de Bosniaques musulmans. Les contacts entre communautés sont découragés dans ce qui était l'une des villes les plus cosmopolites de l'ancienne Yougoslavie. Si les vainqueurs du scrutin parviennent à s'entendre, la ville au célèbre pont classé au patrimoine mondial devrait être dirigée par le candidat de l'un ou de l'autre parti. Selon le président du HDZ, Dragan Covic, la tête de liste de sa formation, Mario Kordic, un médecin de Mostar, va occuper le fauteuil de maire. "Nous voulons transformer Mostar en une ville européenne.
C'est le message pour tous les habitants de Mostar, indépendamment de leur nationalité", a-t-il déclaré dimanche. Le nouveau maire sera élu par le conseil municipal qui compte 35 sièges et qui pourra être constitué après la validation définitive des résultats, au plus tard le 19 janvier. Les deux formations nationalistes co-dirigent sans interruption cette ville du sud de la Bosnie depuis la fin du conflit qui avait fait 100.000 morts entre 1992 et 1995. Les municipales n'avaient plus été organisées depuis 2008 à Mostar en raison de dissensions entre les partis nationalistes sur l'organisation du scrutin. Le scrutin de dimanche s'est tenu à la suite de la condamnation en octobre 2019 de l'Etat bosnien par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH). Celle-ci avait été saisie par une résidente de Mostar, Irma Baralija, 36 ans, qui s'était plainte d'être empêchée de voter.
Mais sa victoire devant la justice ne s'est pas traduite dans les urnes alors que le taux de participation n'a atteint que 55%. Nasa Stranka (Notre Parti), la formation d'Irma Baralija alliée avec un autre parti multiethnique, a obtenu un score modéré avec 11% des voix. "Je comprends que ce n'est la fin du nationalisme et des nationalistes, mais je suis convaincu que c'est le début de la fin", a déclaré le président de Nasa Stranka, Pedja Kojovic.