Près de six ans après "l’aventureuse" guerre en Libye, la France mène une politique souvent "illisible", voire deux politiques "parallèles", a estimé le journal électronique Médiapart dans une longue analyse.
"Près de six ans après l’aventureuse guerre en Libye de Nicolas Sarkozy, la France de François Hollande y mène une politique souvent illisible, marquée du sceau du secret et brouillée par les tiraillements entre les diplomates du Quai d’Orsay et les militaires de la Défense", a écrit le journal qui prend pour illustration le crash de l’avion espion, lundi à Malte.
Dans cette analyse intitulée "La France mène un dangereux double jeu", les auteurs René Backmann et Lénaïg Bredoux ont indiqué qu’après avoir, sous l'ancien régime de Nicolas Sarkozy, déclenché une intervention militaire qui a plongé la Libye dans le chaos, la France, sous François Hollande, "y mène deux politiques parallèles". "L’une officielle, l’autre secrète.
A Tripoli, elle soutient le gouvernement reconnu par la communauté internationale. Dans l’est du pays, elle apporte une aide militaire au principal adversaire du gouvernement, le général Khalifa Haftar", ont-il expliqué.
"Officiellement encore, elle soutient le gouvernement d’union nationale à Tripoli. Mais elle apporte son appui discret, par le biais de renseignements et de conseillers militaires français, au général Haftar qui le conteste, depuis son bastion de Benghazi, à l’est du pays", croit savoir Médiapart soulignant que la mort de cinq Français, lundi à Malte, en est une "nouvelle illustration", dans le sens où, selon plusieurs sites spécialisés, "il devait survoler la Libye, plus particulièrement le secteur de Misrata".
Le journal a rappelé, dans ce contexte, qu’en juillet dernier, le ministère de la Défense avait confirmé la mort de trois sous-officiers français, membres de la DGSE, tués dans la chute d’un hélicoptère appartenant aux forces d’Haftar et apparemment abattu par un tir ennemi dans la région de Benghazi.
Le quotidien Le Monde avait révélé, en février 2016, la présence de militaires français et le ministère de la Défense avait nié tout soutien direct de la France, rappelle Médiapart qui recoupe ses sources pour souligner, de la bouche d’un jeune diplomate, que "plus encore qu’en Syrie, la Libye est la preuve que la politique étrangère se fait à la Défense et pas au Quai".
"En secret, Paris a donc décidé de l’aider à établir son contrôle sur l’est du pays, à planifier et conduire ses opérations sur le terrain et à former son armée.
Qu’importe si au passage, les autres amis de Haftar, l’Egypte, les Emirats, la Jordanie, violent régulièrement û comme les alliés de Sarraj û l’embargo sur les armes à destination de la Libye, ainsi que le constate un rapport de l’ONU de mars dernier, pour armer et équiper leur allié", écrit le journal, qui indique que selon les partenaires de la France dans le soutien au général Haftar, "Paris peut parfaitement continuer à tenir en Libye deux lignes distinctes. L’une diplomatique, l’autre militaire. La première, officielle et revendiquée.
La seconde, secrète". "Au-delà des considérations sécuritaires, de la lutte contre le terrorisme djihadiste ou l’immigration clandestine, il reste à savoir si dans un pays délabré mais qui produisait encore en 2012 un million de barils de pétrole par jour, la duplicité de Paris ne dégage pas une forte odeur d’hydrocarbures", conclut Médiapart.