La France reste marquée par un chômage élevé malgré des dépenses publiques engagées, depuis trente ans, en faveur de l’emploi, indique lundi une étude de France Stratégie, un organisme de réflexion, d’expertise et de concertation placé auprès du Premier ministre français.
Dans son analyse sur l’emploi durant la prochaine décennie (2017-2027), France Stratégie souligne que la France "ne parvient qu’imparfaitement à soutenir les personnes les plus en difficulté sur le marché du travail", constatant qu’elle se démarque ainsi de certains pays européens qui ont réussi "à concilier faible chômage, taux d’emploi élevé et qualité des emplois".
Cet organisme pense que dans la prochaine décennie, l’emploi pourrait connaître de "profondes" mutations "sous l’effet notamment du numérique et de l’évolution des qualifications", relevant que depuis trente ans, le taux de chômage annuel n’est jamais descendu durablement en dessous de 7,5%.
"Alors qu’il diminue dans l’Union européenne depuis 2013, le taux de chômage (en France) s’est maintenu autour de 10%", a-t-il fait remarquer, précisant qu’aujourd’hui, la France compte 3 millions de personnes au chômage au sens des critères retenus par le bureau international du travail (BIT), dont plus d’un tiers depuis plus d’un an.
Par contre, si dans les calculs, avertit France Stratégie, sont inclus les personnes en "sous-emploi" et les personnes classées comme inactives faute de remplir les critères du BIT mais qui souhaitent travailler, "ce sont plus de 6 millions de personnes au total qui +manquent+ de travail en France".
Mais ce constat général masque des situations disparates, dans la mesure où certains territoires connaissent un taux de chômage "bien supérieur à 10%" depuis plus de dix ans et certaines catégories de la population "apparaissent surexposées, en particulier les jeunes, les seniors, les peu diplômés et les descendants d’immigrés", expliquent les auteurs de l’analyse.
"Toutes classes d’âge confondues, les moins diplômés (CAP-BEP, brevet des collèges, CEP ou sans diplôme) représentent 44% de la population d’âge actif mais 58% des chômeurs: autrement dit, ils contribuent pour 5,9 points au taux de chômage de 10,3%", indiquent-ils, notant que la qualité de l’emploi "s’est dégradée avec la crise".
France Stratégie fait constater, dans ce contexte, que les travailleurs français "font notamment état d’une détérioration de leurs conditions de travail entre 2005 et 2010", avec l’intensification du travail, moindre autonomie, plus faible participation à des formations, rétrécissement des opportunités de carrière et augmentation des horaires de travail.
"Cette dégradation va de pair avec un fonctionnement du marché du travail marqué par des transitions toujours plus nombreuses vers le chômage et par une forte rotation dans l’emploi, ce qui contribue à accroître l’insécurité sur le marché du travail, notamment pour les moins qualifiés", souligne l’étude.