Malaise politique en France : Quand des gradés se lâchent

Publié par Cherbal E-M le 18-05-2016, 14h55 | 68

Une vague de malaise traverse un bon nombre de gradés de l’armée française qui ne se gênent plus pour dire ce qu’ils pensent de la situation du pays, enfreignant la fameuse règle de la réserve que leur impose leur statut.

« Les militaires, et pas des moindres, sortent de leur réserve. Des officiers supérieurs, des généraux à trois (de division) ou quatre étoiles (de corps d’armée) qui l’ouvrent, pétitionnent, manifestent ou se lancent en politique.

Au risque de se voir taper sévèrement sur les doigts par leur hiérarchie pour avoir enfreint la règle qui veut que l’armée reste ‘’la Grande Muette’’», rapporte le site du quotidien français liberation.fr rejoignant  bon nombre de titres de la presse française qui se sont penchés sur la question, à l’occasion de la révocation du  général de gendarmerie Bertrand Soubelet qui a été placé par décision du gouvernement français «hors cadre en attente d’une affectation temporaire», selon liberation.fr, suite à la publication de son livre  sur les problèmes d’insécurité, intitulé ‘’Tout ce qu’il ne faut pas dire’’.

Le gradé de la gendarmerie française pense que l’institution à laquelle il appartient  vit une fin de cycle commencé en 1962, juste après la guerre d’Algérie : «Depuis cette date, personne ne s’est vraiment interrogé sur la place des militaires dans la société. Comme aujourd’hui on leur demande de sortir de leurs casernes pour réapparaître au grand jour dans le cadre de l’opération Sentinelle, ils ne voient plus pourquoi ils seraient privés de parole», affirme-t-il   repris par liberation.fr.

Durant le mois de mars dernier, un autre gardé, et pas des moindres, le chef d’état-major de l’armée de terre, le général d’armée Jean-Pierre Bosser, a donné son point de vue sur les efforts du gouvernement français pour lutter conter le terrorisme, dans une tribune publiée sur le journal Le Figaro  dans laquelle il estime que «pour gagner la guerre, nous devons prendre l’ascendant sur le champ des esprits par une offre supérieure. Ce combat est principalement à conduire sur notre propre territoire car son lieu d’application n’est autre que la nation française».

Alors qu’une haute pointure de l’armée française s’exprimant sous anonymat sur liberation.fr, s’étonne de ces étalages alors, dit-il que le gouvernement actuel  «a fait beaucoup plus pour les armées que le précédent, et Jean-Yves Le Drian est un ministre très respecté dans la maison», un autre haut gradé pense pour sa part, également sans se dévoiler,  que «Les militaires sont aussi des citoyens et, comme les autres Français, ils sont exaspérés de voir que la situation s’aggrave sans que les gouvernements successifs n’y fassent quelque chose».

D’après Grégory Daho, membre de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (Irsem), c’est plutôt une tradition parmi les militaires français : «Les officiers supérieurs ont toujours traditionnellement pris la parole sur deux sujets, la politique étrangère de la France, les questions stratégiques et, au plan interne, sur les questions relevant de la gestion de l’institution», souligne-t-il, sur liberation.fr.

La question n’a, en tout cas, pas échappé au débat de politiciens  à l’affut de telles opportunités. Le maire de Bordeaux, Alain Juppé, candidat aux futures échéances présidentielles de 2017, estime de son côté, à l’instar d’ailleurs de son ‘’mentor’’, le Général De Gaulle : « Un militaire c’est comme un ministre : ça ferme sa gueule ou ça s’en va ». Mais un autre politicien de droite, député Les Républicains et membre de la commission de Défense, ne rate pas l’occasion de taper sur l’exécutif, invoquant deux raisons pour expliquer ce déballage : «La première est que l’Etat est tellement affaibli que même les militaires, habitués à obéir, ne respectent plus son autorité et se lâchent.

La seconde est qu’aujourd’hui la haute hiérarchie militaire considère que l’ampleur des problèmes est telle que l’essentiel est en danger, c’est-à-dire la France même. Ils jugent qu’il faut réagir face à des politiques de droite et de gauche incapables de les résoudre», indique-t-il repris par liberation.fr