Libye: Consensus sur des élections anticipées pour sortir de la crise

Publié par DK News le 17-02-2014, 16h43 | 28

Le Parlement libyen est parvenu à un consensus sur des élections anticipées pour désigner de nouvelles autorités de transition afin de tenter de sortir le pays de la crise dans lequel il est empêtré, avec une insécurité grandissante, trois ans après la guerre qui a renversé le régime de Maamar El Gueddafi.

Le Congrès général national (CGN, Parlement), la plus haute autorité politique du pays élue le 7 juillet 2012, et dont le mandat devait s'achever le 7 février, est de plus en plus critiqué par la population qui l'accuse d'incapacité à rétablir l'ordre.

Sous la pression de la rue, les membres du Parlement étaient parvenus dimanche à un consensus sur des élections anticipées pour désigner de nouvelles autorités de transition renonçant ainsi à prolonger le mandat de l'assemblée. Abdallah al-Gmati, qui fait partie d'un bloc d'une quinzaine de députés indépendants au CGN avait souligné que les différents blocs politiques étaient «unanimes sur la tenue d'élections anticipées».

Deuxième force au CGN, le Parti pour la justice et la construction (PJC), issu des Frères musulmans libyens, avait déjà appelé jeudi dernier à des élections anticipées. Le Congrès avait adopté une «feuille de route» prévoyant des élections générales en fin d'année si la Commission constitutionnelle arrivait à adopter un projet de Loi fondamentale dans un délai de quatre mois après son élection, prévue le 20 février.

Si la Constituante ne tenait pas le délai, le CGN devrait appeler à des élections présidentielle et législatives en vue d'une nouvelle période de transition de 18 mois.  Après avoir appuyé cette feuille de route, le PJC a finalement appelé à passer «directement à des élections».

Leurs rivaux de l'Alliance des forces nationales (AFN, libérale) s'étaient pour leur part opposés dès le départ à une prolongation du mandat du CGN. Une de leurs députés, Souad Soltan, a expliqué dimanche que l'AFN réclamait depuis des mois la dissolution de l'assemblée. Selon des médias, des discussions étaient toujours en cours sur les institutions qui devraient remplacer le Congrès: soit un nouveau Congrès, soit un Parlement et un président.

L'insécurité en hausse

L'entente sur la tenue d'élections anticipées intervient alors que le pays connaît une instabilité sur le plan sécuritaire. Depuis la chute du régime d'El Gueddafi, les autorités de transition peinent à mettre en place une armée et une police professionnelles leur permettant d'asseoir leur pouvoir et de maintenir l'ordre dans ce pays en proie à l'anarchie.

La ville de Benghazi (est), considérée comme le berceau de la révolte contre le régime d'El-Gueddafi  a été sévèrement touchée par des explosions et des assassinats de militaires et de hauts responsables politiques. Dans cette ville, les forces de sécurité sont aux prises avec le groupe armé Ansar al-Chariaa, classé par les Etats-Unis sur la liste des organisations terroristes.

Cette situation est exacerbée par la présence de milices, aux différentes motivations et obédiences, formées d'ex-rebelles, et que le gouvernement n'arrive pas à désarmer. Une des milices s'était même pris au gouvernement central en encerclant plusieurs ministères. La dégradation de la situation sécuritaire a soulevé les craintes de la communauté internationale sur la capacité des autorités à rétablir la sécurité et à tenir des élections.

Une situation économique difficile

Sur le plan économique, la Libye fait face à une crise sans précédent en raison principalement des perturbations cycliques qui affectent les activités des principaux sites pétroliers, privant l'Etat de l'essentiel de ses revenus. Ces derniers jours, des manifestants ont fermé le champ pétrolier d'al-Wafa dans le Sud-Ouest, provoquant un recul de la production qui avait connu une hausse début janvier avec 570.000 b/j. Des milices ont pris à maintes reprises par le passé le contrôle de terminaux empêchant l'exportation du brut.

Ce manque à gagner a fait fleurir le marché noir où le litre d'essence se vend jusqu'à 2 dinars (1,58 dollar) contre 0,150 dinars (0,12 dollar) à la pompe. Le ministère libyen du Pétrole et la Banque mondiale ont estimé à plus de 10 milliards de dollars les pertes occasionnées par cette situation depuis juillet dernier.