Ighil Ali (Bejaia) : Jean El Mouhoub Amrouche, Tel un Roi mage en chaque Avril d’un pèlerinage

Publié par Arslan-B le 03-04-2015, 16h08 | 218

L’âme de l’enfant chéri, l’enfant prodigue d’Ighil Ali revient chaque Avril en son berceau…Né le 07 février 1906 à Ighil Ali, Jean El Mouhoub Amrouche décède en Avril 1962. « Patriote, il le fut (en n’ayant jamais cessé de l’être, du reste…) et ses nombreux écrits, souvent d’une audace et d’un courage plutôt surprenants pour une époque où il était extrêmement dangereux de s’exposer à la vindicte pro-colonisation en attestent » a commenté l’un de ses proches

Il avait dit, entre autres propos d’une rare témérité :« Aux Algériens on a tout pris, la patrie avec le nom, le langage avec les divines  sentences qui règlent la marche de l’homme depuis le berceau jusqu’à la tombe, la terre avec les blés, les sources avec les jardins, le pain de la bouche et le pain de l’âme, l’honneur.

La grâce de vivre comme enfant de Dieu, frère des hommes sous le soleil dans le vent, la pluie et la neige. On a jeté les Algériens hors de toute patrie humaine, on les a fait orphelins, on les a fait prisonniers d’un présent sans mémoire et sans avenir, les exilant parmi leurs tombes de la terre » ( Jean El Mouhoub Amrouche)

Un colloque d’envergure et de très bonne facture lui fut dédié en 2012. Un colloque dont le maître-intitulé était « Le printemps des mots » aura été une initiative de Ballade littéraire de la Ligue des arts dramatiques.

Le « sommet » éminemment culturel s’était déroulé au T-R-Béjaia Malek Bouguermouh les samedi 16, dimanche 17 et lundi 18 juin 2012. Il réunit aussi bien des personnalités nationales qu’étrangères, en l’occurrence MM.  Rédha  Malek (Un historique de la guerre de libération, ex-diplomate et chef de gouvernement), Pierre Amrouche, Amine Zaoui, Abdellali Merdaci, Sayad Ali, Rachid Mendjeli, Hervé Sanson, Abdelhalim Berretina, Dehbia Ammour, Michel Carassou, Tarik Mira, Kamel Daoud, Tassadit Yacine, Alain Joxe, Jean Pierre Faguer et, enfin, Gilles Manceron.

Les intervenants, hormis MM. Rédha Malek et Pierre Amrouche qui, quant à eux, apportèrent  leurs « témoignages », avaient  respectivement intitulé leurs contributions ainsi : « Jean Amrouche, l’oublié ou le dérangeur ? », « Jean Amrouche, posture littéraire et biographie d’auteur dans l’Algérie coloniale », « Amrouche, poète et combattant de la liberté », « Amrouche, l’envers et l’endroit des choses », « Jean Amrouche, cet Algérien qui s’adresse aux Français :

Les articles politiques », « Jean Amrouche, l’engagement de la pensée en exil », « Jean Amrouche, une figure d’intellectuel engagé », « Le lien entre Jean Amrouche et sa mère Fadhma Nath  Mansour », « Jean Amrouche et  la France libre des lendemains qui déchantent », , »Relire l’éternel Jugurtha », « Et si JEAN Amrouche avait un compte facebook ? »

« L’Algérie de Jean Amrouche : Réalité ou utopie ? », « Jean Amrouche et le monde des lettres françaises, intimité et extrémité ».Toutes  ces interventions furent suivies de débats, tandis que la dernière journée, lundi 18 juin, donc, en matinée, était programmée une sortie à Ighil Ali, village natal et berceau des Amrouche.

Une soirée « surprise » ( ?) cette même journée, dès 19h, allait permettra aux participants au colloque de se détendre, toujours à l’ombre du poète disparu, lui qui, entre autres jolies dentelles littéraires, a dit : « J’ai respiré la chair du monde et le monde dansait en moi, j’étais à l’unisson de la sève, à l’unisson des eaux courantes, de la respiration de la mer. J’étais plein du rêve des plantes, des collines ensommeillées comme des femmes après l’amour » ( in Etoile secrète).

Jean El Mouhoub Amrouche, assumant alors comme transporté par un nuage d’  inconscience volontaire et non moins provocatrice, écrivait aussi : « …Nous voulons la patrie de nos pères, la mélodie de nos songes et de nos chants sur  nos berceaux et sur nos tombes ».

Proche d’André Gide, (apprend-t-on) Jean Amrouche reçut à son micro de la Radio diffusion française (à l’époque (années 1950…) ) les plus grands écrivains de son temps. Jean El Mouhoub, bien évidemment, ne pouvait ne pas  également dire « franchement » et sans autocensure comment il se « situait », affectivement (? ) psychologiquement,  et les deux à la fois, sans doute ( ?) aussi bien  par rapport à l’Algérie qu’ à la France.  A cette dernière davantage et surtout puisque par rapport à l’Algérie tout était déjà dit…Et c’était dans ces termes qu’il le fit : « La France est l’âme de mon esprit et l’Algérie l’esprit de mon âme…

L’homme ne peut vivre s’il ne s’accepte tel qu’il est, s’il ne se sent pas accepté par la société où il vit, s’il ne peut avouer son nom ». Sans nul doute qu’Ighil Ali, comme à l’accoutumée, s’apprête à commémorer en trois « F », c’est-à-dire  avec ferveur, fidélité et fierté le 53 ème anniversaire de la disparition de son enfant chéri… Dès le 14 avril, probablement ?