Les forces syriennes se regroupaient dimanche autour d'Idleb (nord-ouest) pour tenter de stopper l'avancée du Front d'Al-Nosra, affilié au réseau terroriste Al-Qaïda, et qui s'est emparé la veille de la ville après cinq jours de combats intenses, faisant plus de 130 morts.
«Les forces se repositionnent à la périphérie d'Idleb pour pouvoir faire face aux bataillons terroristes (....) et être dans une meilleure position pour repousser leur attaque», a affirmé dimanche une source sécuritaire à Damas.
D'après cette source, «des renforts de l'armée ont été envoyés pour (...) reprendre le contrôle des zones restées vides après l'évacuation de la population vers des lieux sûrs».La veille, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), a affirmé que le Front Al-Nosra «appuyé par Ahrar al-Cham et d'autres groupes rebelles armés ont pris la totalité d'Idleb».
De son côté une source de sécurité syrienne avait reconnu que des «groupes terroristes se sont infiltrés dans les périphéries» de la ville.Avant la prise d'Idleb, l'OSDH a rapporté dimanche qu'une quinzaine de corps ont été découverts dans un centre de détention de la vielle, ajoutant que ces hommes «auraient été exécutés par les forces du régime» syrien.
Idleb, la deuxième capitale provinciale frontalière de la Turquie, est en grande partie sous le contrôle d'Al-Nosra.Le régime syrien ne contrôle plus dans cette province que les grandes villes de Jisr al-Choughour et Ariha, quelques petites localités, l'aéroport militaire d'Abou Douhour, ainsi que cinq bases militaires.
La rapide conquête de la ville s'explique par le fait que, malgré 150 raids aériens de l'armée pendant quatre jours, «il y avait près de 2.000 rebelles qui ont attaqué de tous les côtés avec 40 transports de troupes», a estimé le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane. La ville de Raqa (nord) avait été la première capitale provinciale à échapper au contrôle du régime de Bachar al-Assad lorsqu'elle avait été capturée en mars 2013 par les rebelles, avant de devenir la «capitale» de facto de l'organisation autoproclamée «Etat islamique» (EI, Daech) en Syrie.
Ban Ki-moon déplore l'«échec» de la communauté internationale
La prise de la ville clé d'Idleb permettra ainsi au Front Al-Nosra de renforcer ses positions dans cette province stratégique afin de lancer de nouvelles offensives contre l'armée syrienne, selon des observateurs.
Ce nouvel épisode témoigne de la complexité du conflit qui fait rage depuis plus de 4 ans, notamment avec l'apparition de groupes terroristes comme l'EI qui contrôle de vastes territoires à cheval entre la Syrie et l'Irak.
Samedi, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a exprimé au sommet de la Ligue arabe en Egypte, sa «honte» devant l'«échec» de la communauté internationale à stopper le «carnage» en Syrie, où plus de 215.000 personnes ont péri depuis mars 2011.
«Je vous avoue ma colère et ma honte. Colère en voyant le gouvernement syrien, les groupes extrémistes et les terroristes détruire sans relâche leur pays. Honte de partager la responsabilité de l'échec collectif des communautés internationale et régionale à agir pour stopper définitivement le carnage», a-t-il dit.
Moscou veut tenter sa chance
Ces propos tenus par le chef de l'ONU interviennent après l'échec de toutes les tentatives visant à trouver une solution pacifique au conflit syrien. Les pourparlers dits de Genève 2 entre le gouvernement syrien et l'opposition avaient échoué début 2014.
Dans une énième tentative visant à réunir régime et opposition pour lancer des discussions, la Russie a invité des représentants de Damas et une partie de l'opposition syrienne à des pourparlers à Moscou du 6 au 9 avril.
Vendredi, les deux principales formations de l'opposition syrienne de l'intérieur : le Mouvement pour la reconstruction de l'Etat syrien et le Comité de coordination nationale pour les forces du changement démocratique (CCND), ont annoncé qu'elles participeraient à cette réunion.
C'est la première fois que ces deux formations participent en tant que groupes à ces discussions avec le gouvernement. Certains de leurs représentants avaient participé à titre individuel à une première session fin janvier.Pour sa part, l'opposition en exil a décliné l'invitation de Moscou,considérant que la Russie cherche à sauver le régime de Bachar Al-Assad.