La Commission des droits de l'Homme au Niger a exprimé samedi son «inquiétude» face à la dégradation du climat politique dans le pays avec l'annonce des deux principaux partis politiques de porter plainte contre le ministère de l'Intérieur.
La Commission nationale des droits de l'Homme et des libertés fondamentales (CNDH/LF), un organe public composé de représentants du gouvernement, du Parlement, d'ONG, de syndicats et de juristes, a noté samedi «avec inquiétude et réprobation la persistance dans le débat médiatique de propos à caractère régionaliste, ethnique et xénophobes».
La tension politique est montée d'un cran cette semaine avec l'annonce des deux plus importants partis d'opposition de porter plainte contre le ministre de l'Intérieur Hassoumi Massaoudou, qui a accusé leurs leaders mercredi d'incitation à la «haine ethnique» et «d'appeler ouvertement à l'interruption du processus démocratique, du mandat démocratique régulier par l'intervention armée».
Six journalistes, un opposant reconnu au pouvoir en place et un membre d'une ONG de défense des droits de l'Homme ont été arrêtés puis libérés ces dernières semaines à Niamey.
Lors d'un point de presse en janvier, le ministre de la Justice, Marou Amadou, avait annoncé que ses services allaient poursuivre «cinq» cas «d'appels à la haine ethnique, à l'insurrection et au coup d'Etat» proférés sur des médias locaux.
Ces «derniers développements peuvent glisser sur des situations incontrôlables» qui «pourraient ternir l'image du Niger», a remarqué la CNDH/LF, qui a appelé «tous les Nigériens» à «éviter tout comportement préjudiciable».
Le climat politique est très tendu au Niger depuis août 2013 et le départ de la coalition présidentielle d'Hama Amadou, actuel président du Parlement, qui était alors le principal allié du chef de l'Etat, avant de rejoindre l'opposition.
Des milliers de personnes ont manifesté le 28 décembre 2013 à l'appel de l'opposition contre le président Mahamadou Issoufou, accusé de «corruption» et de «diviser les partis dans le but d'imposer une dictature personnelle».
Samedi, 18.000 personnes, selon la police, ont pris part à une meeting devant le Parlement à Niamey «pour soutenir» le chef de l'Etat, dont le mandat expire en 2016.