Sur le chemin de l’exil Kateb Yacine et Mohand Cherif Sahli (1967)

Publié par Arslan-B le 11-11-2014, 16h09 | 251

Une « complicité » culturelle et patriotique… « …Puissions-nous vivre assez pour assister, un jour, à la jonction de toutes nos forces » (Kateb Yacine).

 A l’occasion de cette journée d’études( 1er novembre 2014, cinémathèque Bejaia) consacrée à « Kateb Yacine, poète de la Révolution » et organisée par GEHIMAB (Groupe d’études sur l’histoire des mathématiques à Bougie médiévale) (Pr. Djamil Aïssani) dans le cadre du 6ème festival international du théâtre, le public aura donc découvert les liens d’amitié qui s’étaient tissés dans une conjoncture  et un contexte particuliers entre un enfant de la Vallée de la Soummam, Mohand Cherif Sahli, et un enfant du constantinois, Kateb Yacine.

Ainsi nous apprenons que « dans la seconde moitié des années soixante, Kateb Yacine, alors sur le chemin de l’exil, rencontre à Pékin l’historien Mohand Cherif Sahli (1906-1989) qui y était alors en poste en qualité d’ambassadeur d’Algérie en Chine, au Vietnam et en Corée du Nord.

GEHIMAB, lors de cette journée d’études, a mis en exergue deux documents inédits, présentés au public (un poème dédié et une correspondance signés Kateb Yacine) qui permettent d’apprécier les relations qui s’étaient nouées entre les deux  illustres concitoyens. 

« J’ai été très heureux de mon séjour à Hanoï et à Pékin, ce fut un havre sur le long chemin de l’exil », a tenu à souligner l’illustre écrivain-poète et dramaturge, auteur de l’ineffable NEDJMA. S’adressant à M.H Sahli, il dit ceci : « J’espère que tes responsabilités politiques ne t’empêchent pas de mener à bien ton œuvre d’historien, essentiel pour un peuple que l’on veut encore une fois plonger dans les ténèbres…Tu as dû voir en Algérie cette magnifique jeunesse qui attend des raisons de vivre ».

Et d’ajouter : « …De mon côté, je me remets au travail, décidé à porter les coups les plus rudes aux ennemis de la Révolution. Puissions-nous vivre assez pour assister, un jour, à la jonction de toutes nos forces ».

« Je ne vois plus le jour » est le titre qu’ avait  donné Kateb Yacine à son poème dédié à Mohand Cherif Sahli. « A Mohand Cherif Sahli, en souvenir de son accueil fraternel à Pékin et dans l’espoir que nous nous retrouverons bientôt dans une Algérie libre ». (19 août 1967).

Le poème : « Le matin où la lune cessa d’être visible il m’a quitté l’œil de lionne je ne vois plus le jour, l’œil qui rajeunit l’âme appartient à la mort le lion devient bœuf heureux témoin de l’herbe, Quand la terre était là humide et entr’ouverte Son hiver murmurant Et le chant des oiseaux Sous la pluie battante La source aux illusions…

Et maintenant tout nous sépare Un treuil sournois Déracine la beauté Lui peut chanter Nos allégresses D’écolier aux mains moins Pour une douce intruse A peine dévisagée Sur l’escalier De la lionne Couleur de feu J’ai retrouvé la pipe Au tuyau rouge Ruisselant de poison Aude comme l’oued Et porté disparu Bientôt je connaîtrai La source aux illusions Mon âme était une demeure Et ne m’appartient plus Je chante une autre peine Comme en entrant au bagne Et j’entends se fermer La porte A double tour Je ne vois plus Le jour Toutes les heures Je les passe A jamais Dans le monde infernal Je ne vois plus le jour ».


(Les majuscules signifient la 1ère lettre de chaque vers). Kateb Yacine se trouvait à Hanoï à l’époque d’Ho Chi Min. Mohand Cherif Sahli est l’auteur de « Le message de Youghourta » (1947) et de « Décoloniser l’histoire ».