Société

Habillement : Le tricotage à la main, en perte de mailles, repend timidement

Publié par Djamel BOUDAA le 05-01-2022, 16h47 | 15
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Le tricotage à la main, assez répandu dans le passé, a connu un certain recul. La tranche d’âge des femmes  qui tricotent se situe entre 45-60 ans. Cependant, depuis quelque temps, les jeunes filles s’intéressent 
à ce savoir-faire, transmis de mère en fille, et qui permet de réaliser à un prix modeste des vêtements, chauds, esthétiques et en pièce unique. 

Le tricotage à la main, assez répandu dans le passé, a connu un certain recul. La tranche d’âge des femmes qui tricotent se situe entre 45-60 ans. Cependant, depuis quelque temps, les jeunes filles s’intéressent à ce savoir-faire, transmis de mère en fille, et qui permet de réaliser à un prix modeste des vêtements, chauds, esthétiques et en pièce unique.      
En ce début de saison, comme chaque année, le chiffre d’affaires des merceries connaît une certaine  augmentation avec particulièrement la vente de pelotes de laine à tricoter et les accessoires nécessaires tels que les aiguilles de différents numéros.

Les vitrines des magasins bien achalandés et dont la plus importante clientèle est constituée de couturières, présentent une mosaïque bariolée de pelotes de laine de différents types pouvant satisfaire les plus exigeantes tricoteuses.
« Comme chaque début d’automne, nous nous approvisionnons en laine sachant que cette matière est toujours très demandée en hiver par nos clientes ayant la passion du tricotage », a indiqué un mercier précisant que la clientèle intéressée par l’achat de pelotes de laine est constituée généralement de femmes dépassant les 40-45 ans. 

« C’est une certaine génération qui continue à tricoter à la main. Cependant, depuis quelque temps, Il y a des jeunes filles qui viennent acheter la laine à tricoter et des aiguilles. Elles achètent parfois des catalogues, je suppose que ce sont elles- mêmes qui réaliseront leurs articles. Cela démontre le regain d’intérêt suscité par ce savoir-faire», a précisé le commerçant qui s’approvisionne en layette pour bébés et en bandeaux pour fillettes auprès d’une vieille dame, âgée de soixante-dix ans.              Le mercier, dont le magasin est situé dans le quartier commerçant de Bab El-Oued, a affirmé qu’il travaillait avec cette dame depuis des années. « Je lui fournis la laine et elle réalise la layette et les bandeaux et une fois qu’elle a terminé le travail, je vais chez elle, nous faisons le décompte, je la paie et je prends mes effets », a poursuivi le mercier confiant que cette tricoteuse de talent avait sur insistance de ses enfants arrêter le travail de la laine mais n’a pu rester les bras croisés vu qu’elle avait de la passion pour le tricotage, un savoir-faire qu’elle avait appris très jeune auprès de sa mère, de ses tantes et de ses voisines.

« Les femmes ne tricotaient pas par besoin mais par plaisir. Elles se rencontraient entre voisines et se transmettaient mutuellement leur savoir-faire, c’est-à-dire s’apprenaient mutuellement les mailles qu’elles ne connaissaient pas et ce dans une ambiance conviviale. Ces rencontres autour d’un ouvrage resserraient les liens entre voisines », a indiqué avec une pointe de nostalgie Dalila, enseignante retraitée, qui au temps où elle travaillait a appris, durant la pause-déjeuner, auprès de ses collègues femmes plusieurs mailles et de son côté leur a transmis des modèles de mailles.
Dalila, qui estime par ailleurs que le tricotage déstresse, continue toujours à réaliser des ouvrages pour ses filles, devenues aujourd’hui des jeunes filles, et qui aiment toujours porter les chandails de qualité réalisés avec amour par leur mère que les contraintes de santé obligent à rester à la maison.  « Je conseille aux jeunes filles de se mettre au tricot, c’est passionnant , ce n’est pas difficile et il y a plein de livres et de revues qui permettent aux débutantes de s’initier au tricotage », a ajouté Dalila citant plusieurs titres dont « Layette à croquer », « Bébé tricot », « Layette simple et chic »,                   « Simplissisme »- « le livre de tricot le plus facile du monde », « Je me mets au tricot », « Harry Potter : la magie du tricot », « Le guide des torsades », « Le tricot pour les nuls » et« 300 points en tricot ». 

C’est en se documentant que Houria, cette ancienne enseignante également, a amélioré son savoir- faire dans le domaine du tricot. «Je savais tricoter mais je me suis améliorée depuis que j’ai pris ma retraite. J’ai beaucoup de temps libre. Les filles et le mari vont au travail et comme je n’aime pas les sorties, une fois le ménage terminé, je m’installe devant la télévision et je tricote. C’est un plaisir pour moi de tricoter », a confié cette sexagénaire qui tricote surtout des pull-overs et des cache-nez aux mailles variées avec prédominance de torsades, la maille de préférence de sa benjamine, une jeune fille d’une grande élégance qui n’aime pas les chandails vendus dans le commerce.

« Ma fille préfère mes tricots, peut-être pour des raisons sentimentales, car réalisés par sa mère avec beaucoup d’amour », a souligné cette mère de famille qui a mis en exergue la « durée » de vie d’un tricot fait à la main et qui est au minimum de cinq ans  peut aller jusqu’à quinze. « Sans oublier que le chandail est fait sur mesure, ne se déforme pas au lavage, et en plus de cela est une pièce unique, c’est-à-dire comme une œuvre d’art» , a conclu Dalila estimant qu’un chandail fait main revient à environ mille deux cent dinars pour une laine d’assez bonne qualité et à deux ou trois mille dinars pour une laine haut de gamme permettant de tricoter un chandail de luxe qui plaira même aux personnes les plus exigeantes. 

Djamel, la soixantaine, cadre retraité, évoque aussi avec une certaine nostalgie le souvenir de sa tante, aujourd’hui décédée et qui réalisait des chefs d’œuvre, s’inspirant parfois de livres ou de revues. « Ma tante avait beaucoup de goût et je la revois toujours en train de tricoter tout en discutant avec ma mère ou une voisine. Ses enfants portaient toujours des pull-overs réalisés par leur mère. Ma tante savait choisir les modèles, les mailles et marier harmonieusement les couleurs », a indiqué Djamel mettant en exergue le côté esthétique de l’ouvrage réalisé par la tante qui ne jetait jamais les restes des pelotes de laine mais les utilisait pour réaliser des ouvrages bariolés mais harmonieux.
 Djamel évoqua aussi les « années fastes » du tricotage, c’était les années soixante-dix avec la mise sur le marché des machines à tricoter, notamment de la célèbre marque italienne « Japy ». « C’était la grande mode, les pulls tricotés. On en achetait sur commande», a confié ce cadre qui, aujourd’hui encore, se rappelle une étudiante qui fréquentait la même faculté que lui et qui dans ses moments libres, tricotait de « magnifiques pulls ». « Le tricotage est à la fois une occupation, une passion mais surtout un art », a-t-il conclu. Le tricot, qui se résumait à être un passe-temps ne se limite plus à réaliser des vêtements. Depuis quelques années, beaucoup de personnes utilisent le tricot pour faire des accessoires  comme les sacs, les pochettes et les ceintures par exemple et il y a même qui « tricotent » des jouets. Le tricotage a fait son entrée dans le domaine de l’art et il y a eu récemment ce qu’on appelle le                         
 « Knitting Art » ou l’art du tricot ». 
Le tricot, art ancestral conçu parfois davantage comme un savoir-faire familial est considéré aujourd’hui comme un art à part entière et les artistes utilisent le tricot comme technique à l’instar de la peinture, du pastel ou du crayon.  C’est ainsi que le point mousse et le point jersey sont devenus des outils d’expression pour plusieurs artistes qui réalisent des œuvres sculpturales qu’ils exposent dans des galeries d’art et l’Institut d’art contemporain de Boston (Etats-Unis d’Amérique) a même organisé une exposition « mettant en vedette la fibre sous toutes ses formes prouvant ainsi la grande évolution du tricot au fil du temps » 

Les origines du tricot demeurent incertaines car les textiles se conservent mal à travers le temps, particulièrement les tissus tricotés plutôt que tissés.                                                                                « L'histoire de la création de la technique du tricot ainsi que de sa diffusion reste encore largement à écrire. Il n'existe pas encore de terminologie précise et agréée par tous les historiens textiles pour décrire précisément les objets tricotés et les techniques employées ; le savoir disponible sur l'histoire du tricot est bien moindre que celui disponible sur l'histoire du tissu, bien davantage étudiée », est-il indiqué dans un site Internet. 

L’ancêtre du tricot est ce qui est connu sous le nom de Naalbinding,  technique impliquant de passer toute la longueur du fil travaillé dans chaque boucle, indiquent certaines publications précisant cependant que les pièces archéologiques de Naalbinding  sont difficiles à distinguer des pièces de tricot. Les plus vieux échantillons de Naalbinding  retrouvés sont une paire de chaussettes-sandales colorées des Coptes d’Egypte (IVème siècle) ainsi que des bonnets et des châles des cultures Paracas et Nazca au Pérou datant de la période s’étalant de 300 ans A.J.C à l’an 300. Les aiguilles étaient faites dans du bois, du bois de cerf ou de l’os.  Pour d’autres publications, l’ancêtre du tricot est le Sprang, également une technique très ancienne, inventée indépendamment dans plusieurs endroits du globe. Le Sprang se travaille soit à l'aide d'un cadre, soit entre une paire de poutres parallèles. Le fil est préparé en l'enroulant en boucles de part et d'autre du cadre et en les croisant au milieu du cadre. Le sprang est réalisé en tordant ensemble des fils de manière à faire passer la partie avant des boucles sur l'arrière et inversement. 

L'historiographie contemporaine s'accorde pour dire que les plus anciens objets tricotés découverts sont des chaussettes en coton, tricotées en rond, datées entre le XIe et le XIIIe siècle et découvertes en Égypte. Certains artefacts - notamment un textile ayant été découvert à Dura Europos en Syrie et daté de l'an 200-256 - ont été classifiés d'abord comme étant du tricot, puis réétudiés et classifiés comme ayant été réalisés avec la technique du Naalbinding.                                                                  « La finesse de la réalisation de ces chaussettes requiert un haut niveau de technicité en tricot, raison pour laquelle les historiens textiles excluent totalement que ces chaussettes aient pu être le fruit des premiers balbutiements de la technique »,est-il écrit.  « Par ailleurs, les différents artefacts de l'Antiquité grecque et latines contiennent de nombreuses illustrations de personnes occupées à tisser, mais aucune de personnes tricotant »,est-il ajouté.

Toujours selon l’historiographie contemporaine, l’hypothèse la plus plausible est la technique du tricot a probablement été inventée au Moyen-Orient, pour se diffuser ensuite en Europe, d'abord en Europe du Sud et centrale, puis en Europe du Nord. « Les premiers tricots sont en soie, l'utilisation de la laine étant plus tardive. Si l'on a une connaissance assez précise des routes commerciales qu'ont pu emprunter des objets tricotés, on ne sait rien sur comment le savoir concernant cette technique s'est transmis », est-il affirmé.

    

 

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