Une foule immense, venue d'horizons divers, s'est rassemblée, ce jeudi à Seddouk, à 65 km au sud-ouest de Bejaia, pour y commémorer le 150eme anniversaire de l'insurrection de Cheikh Belhaddad, une étape glorieuse dans le cheminement de la reconquête de l'indépendance nationale, a-t-on constaté.
La cérémonie a été rehaussée par la présence de Aissa Belakhdar, conseiller du président de la République, chargé des Zaouïas et associations religieuses et de nombreuses personnalités religieuses dont des représentants du Haut conseil islamique.
Levée des couleurs, Hymne national, dépôts de gerbes de fleurs et lecture de la Fatiha ont ponctué la célébration de l'évènement, chevillé autour du recueillement et du souvenir. L'occasion a été opportune autant pour les organisateurs que pour les convives de rappeler la portée de l'insurrection de 1871 dans le combat libérateur, et l'engagement de cheikh Belhaddad et ses enfants, El-Aziz et M'hamed dans sa conduite à la fois sur le plan spirituel que celui de la résistance armée.
D'aucuns ont rappelé à l'occasion comment cheikh Aheddad, comme se plait-t-o n à l'appeler dans toute la Kabylie, a fait jaillir la flamme de la révolte et du combat, à un âge pourtant avancé et de la nourrir deux ans durant sans interruption et avec beaucoup de succès. C'était un samedi, un jour de marché lorsque, ce moqadem de la tarika Errahmania, est descendu des collines de Seddouk Oufella vers le chef lieu de Seddouk, et a fait une irruption au marché pour y haranguer la foule et appeler à prendre les armes.
"Avec la volonté de Dieu nous jetterons les colonisateurs à la mer comme je jette, en ce moment, ma canne à terre", s'est-t-il exclamé en joignant le geste au verbe, jusqu'à casser son manche, suscitant enthousiasme autant dans la vallée de la Soummam que dans tout le reste du pays jusqu'aux portes du Sahara, notamment M'sila et Ouargla. En l'espace d'une semaine, l'écho de son appel a été entendu partout. Et des milliers de personnes l'ont suivi dans son entreprise, il est vaillamment et ardemment soutenu par une autre figure de proue de cette révolte, qui n'est autre que cheikh El Mokrani. A eux deux, ils ont écrit, une glorieuse page d'histoire qui pour beaucoup passe encore pour une épopée, selon les historiens. Né en 1790, à Seddouk Oufella, Cheikh Ahaddad, ne s'était pas prédestiné à un tel destin surtout de stratège militaire. Il a fait l'école coraniqu e et a toute sa vie fait figure d'un homme porté sur la religion et la spiritualité, finissant comme moqadam de la tarika Errahmania.
Il a surtout enseigné le Coran, semant la bonne parole et dirigeant la prière au village. Il était souvent reclus, dans son refuge, appelé "Takhalouith", où il méditait et réfléchissais au sort du pays et de ses compatriotes jusqu'à sortir de ses gonds et à se résoudre, à faire face aux colonisateurs. Fait prisonnier et condamné à 05 ans de prison, en 1873, il y mourra au bout de cinq jours de détention, à l'âge de 83 ans à Constantine, où il fut incarcéré et enterré dans un cimetière de la ville. Avant de rendre l'âme, il fait le vœu de se faire inhumer à Seddouk, mais il n'a pas été exaucé. Et ce n'est qu'en 2009, que ses ossements ainsi que ceux de son fils El-Aziz ont été rapatriés dans son village natal et enterrés dans un mausolée qui lui a été expressément dédié. Il y repose lui et son fils à cote d'une troisième tombe, resté vide, celle de son second enfant M'hamed, déporté en Calédonie et dont les traces ont disparu. L'occasion a été saisie opportunément pour leur rendre visite et hommage. Les convives ont visité chaque recoin du village, passant en revue sa maison, son refuge, son école coranique et la mosquée qu'il lui a même construite à l'époque de son bel âge. Chacun s'en est recueilli et pris de s'en ressourcer. "L'homme était béni de Dieu", a commenté un membre du HCI.