De nombreuses études ont déjà révélé que les maladies neurodégénératives sont liées au système digestif. Mais récemment, une étude américaine relayée dans le Science Translational Medicine suggère un nouveau point de départ à la maladie de Parkinson : l'appendice.
La maladie de Parkinson touche à peu près 200 000 personnes en France. Chaque année on dénombre environ 8 000 nouveaux cas sur le territoire. Elle est la deuxième maladie neurodégénérative après Alzheimer avec plus d'un million de malades en Europe.
TUBE DIGESTIF ET MALADIES NEUROLOGIQUES
La maladie neurologique consiste en une diminution de la production de dopamine, le neurotransmetteur nécessaire pour contrôler les mouvements. Elle se caractérise par une perte progressive de la mobilité, des mouvements plus lents et raides, des tremblements des membres. Elle se déclare en moyenne autour de 58 ans en France, et ses causes sont encore mal connues.
Cela dit, le système digestif est de plus en plus étudié comme une cause potentielle. L'étude américaine publiée le 1er novembre, qui s'est intéressée à 1,7 millions de Suédois, suivis sur une période d'un demi siècle, pointe du doigt l'appendice comme possible origine de la maladie. Elle soulève notamment que les personnes opérées de l'appendice en début de vie ont diminué leur risque de développer la maladie de parkinson de 19%.
UNE PROTÉINE TROUVÉE DANS L'APPENDICE
Le rôle joué par l'appendice, selon les chercheurs, dans la maladie de Parkinson ? C'est un réservoir de toxines qui stocke une protéine très importante dans le déclenchement de Parkinson : l'alpha-synucléine.
C'est une protéine qui se déplace sur les neurones, forme des agrégats, et son action détruit petit à petit des cellules nerveuses. Son moyen de déplacement ? Le nerf vague, point de contact entre système digestif et cerveau. Une fois arrivée au bout de son parcours, elle peut engendrer des conséquences neurotoxiques.
L'étude note que tous les porteurs de cette protéine, même en grande quantité, n'ont pas tous développé Parkinson pour autant. Les chercheurs estiment que les facteurs environnementaux jouent aussi un rôle dans le déclenchement de la maladie. Cela expliquerait que les Suédois des zones rurales, exposés aux pesticides, aient vu une diminution de 25% des risques de développer la maladie après une appendicectomie, alors que les résultats sont beaucoup moins probants en ville.
3 nouvelles pistes pour le traitement de la maladie
Les médicaments actuels contre la maladie de Parkinson contrôlent les symptômes mais leurs effets s'estompent avec le temps. Le point sur les recherches en cours avec le Pr Philippe Damier, neurologue, au CHU de Nantes et le Dr Erwan Bézard, neurobiologiste à l'Institut des maladies neurodégénératives de Bordeaux.
PISTE 1 : UN VACCIN THÉRAPEUTIQUE
Les symptômes moteurs de la maladie de Parkinson (rigidité, lenteur des mouvements, tremblements) apparaissent lorsqu'au moins 50 à 70 % des neurones produisant de la dopamine sont détruits.
En comprenant l'origine exacte de leur disparition, il serait probablement possible de freiner la pathologie. Aujourd'hui, on suspecte principalement l'alpha-synucléine. "Cette protéine, qui est habituellement présente dans les neurones, peut, pour une raison encore mal comprise, devenir indestructible en s'accumulant sous forme de dépôts potentiellement toxiques pour les neurones", précise le Pr Philippe Damier, neurologue, au CHU de Nantes. Pour éliminer ces dépôts, deux types de médicaments sont développés : le premier est un vaccin favorisant la production d'anticorps dirigés contre l'alpha-synucléine. Le second, plus avancé, repose sur l'injection directe de tels anticorps : deux traitements expérimentaux (PRX002 et BIIB054) sont aujourd'hui testés chez des patients en tout début de maladie, ne nécessitant pas encore de traitement. Leur efficacité sera démontrée si la progression de la maladie est retardée par rapport à celle de sujets sous placebo. Résultats d'ici à 4 à 5 ans.
PISTE 2 : DES GREFFES DE CELLULES
Remplacer les neurones détruits par d'autres fonctionnant normalement permettrait aussi d'éviter les symptômes de la maladie. Le Dr Erwan Bézard raconte : "Il y a quelques années, un essai clinique a été conduit chez des malades, qui ont reçu une greffe locale de cellules embryonnaires. Elles se sont développées en donnant bien de nouveaux neurones, mais elles étaient prélevées sur des embryons, une méthode complexe, incompatible avec une utilisation à grande échelle. Cette approche a donc été abandonnée". Depuis, des chercheurs ont réussi à reprogrammer des cellules adultes en cellules-souches, ce qui a relancé l'intérêt pour cette technique : des études cliniques devraient être initiées par Nectar, réseau européen spécialiste de la thérapie cellulaire.
PISTE 3 : DES GÈNES "MÉDICAMENTS"
La thérapie génique repose sur une idée proche, mais il s'agit là d'injecter les gènes d'une protéine incontournable pour la survie ou le fonctionnement des neurones. Les essais menés avec des facteurs de croissance nerveuse n'ont pas été concluants.
En revanche, ceux ayant utilisé des gènes indispensables à la fabrication de la dopamine (Pro-Savin) ont réussi : cette première mondiale, conduite au CHU Henri Mondor (Créteil), a permis de diminuer les symptômes pendant la première année chez la quinzaine de patients traitée.
Un suivi sur le long terme puis des études de confirmation sont maintenant nécessaires.