L'atelier de Manama sur le volet économique du plan de paix américain pour le Proche-Orient s'est achevé jeudi sans aucun résultat palpable, accentuant davantage l'inquiétude et le malaise chez les Palestiniens décidés plus que jamais à défendre leur droit à un Etat indépendant avec El Qods pour capitale.
En effet, des délégations officielles de quelque pays arabes et occidentaux qui ont pris part, mardi et mercredi, aux travaux de cette conférence tenue dans la capitale du Bahreïn, sont rentrées chez elles bredouilles sans avoir apporté de réponses aux revendications exprimées par les Palestiniens, dont celle portant sur la création de leur Etat indépendant.
Les initiateurs de cet atelier, notamment l'administration américaine, avaient pourtant déployé à l'occasion tous les moyens diplomatiques et les moyens de pressions pour faire participer les dirigeants palestiniens et d'autres pays de la région.
Baptisé «De la paix à la prospérité», le plan de paix américain a été présenté comme «l'occasion du siècle» par Jared Kushner, conseiller et gendre du président Donald Trump, soutenant que ce projet fort d'un budget de 50 milliards de dollars permettra la réalisation d'investissements dans diverses infrastructures socio-économiques, des complexes touristiques ou des établissements éducatifs, avec des retombées sociales déterminantes dont la création d'un million d'emplois.
Soutenu par le FMI, la Banque mondiale et des pays de la région, ce plan dit exclusivement économique devait, selon ses concepteurs, revitaliser l'économie palestinienne en crise chronique et améliorer sa situation financière dépendant constamment des dons et aides étrangères.
L'envoyé spécial du président Trump a considéré, dans ce contexte, que le plan de paix américain est «une occasion formidable» que devraient saisir les responsables palestiniens pour améliorer les conditions de vie de leur peuple. En dépit de ces propositions «alléchantes», les Palestiniens n'ont pas pour autant cédé à la tentation, en exprimant un refus catégorique à toute démarche de règlement du conflit israélo-palestinien qui ne prenait pas en compte leur aspiration légitime à fonder un Etat indépendant, ayant pour El Qods comme capitale, basé sur les frontières de juin 1967 et assurant le retour des réfugiés palestiniens.
Dès le départ, les Palestiniens avaient décliné l'invitation de participer à cette conférence, affirmant que le président Trump, qualifié de partisan pro-israélien, ne cherche qu'à provoquer le renoncement à l'idée de création de l'Etat palestinien indépendant, à travers ce plan économique. Le président Mahmoud Abbas et d'autres dirigeants palestiniens ont été formels à ce sujet en affirmant que l'initiative américaine est «totalement coupée de la réalité» voir même une «insulte» pour le peuple palestinien qui lutte depuis plus de 70 ans pour la fondation de son Etat.
«Une perte de temps sur un plan de paix détaché de l'aspiration du peuple palestinien
Les décisions favorables à Israël, prises par le locataire de la Maison-Blanche, notamment le transfert de son ambassade à El Qods occupée et la suppression des aides octroyées aux réfugiés, ont amené la direction palestinienne à ne plus cautionner les actions diplomatiques américaines menées au Proche-Orient, en particulier la nouvelle proposition d'un volet économique dans le processus de paix.
A ce propos, la conseillère du président Abbas, Hanane Achrawi, n'est pas allée avec le dos de la cuillère pour exprimer la position de l'autorité palestinienne vis-à-vis de cette initiative.
«Commencez par arrêter le vol par Israël de notre terre, de nos ressources et de notre argent, donnez-nous la liberté de mouvement et le contrôle sur nos frontières (...) et ensuite regardez-nous construire une économie dynamique», a-t-elle lancé aux Américains.
De son côté, le secrétaire général de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Arekat, a rappelé que l'administration Trump a, toujours, «soutenu ouvertement l'entreprise israélienne en Palestine» et qu'il est difficile d'accepter un autre projet qui ne fait aucune référence aux causes de la souffrance des Palestiniens, celle de l'occupation de leurs territoires.
Sortis par milliers dans les rues de la Cisjordanie et de Ghaza, des manifestants palestiniens ont dénoncé, eux aussi, la tenue de cette conférence, accusant les Etats-Unis et Israël d'essayer de les forcer à renoncer à leurs aspirations à l'indépendance. Aux yeux des Palestiniens, l'atelier de Manama n'est qu'une énième man£uvre visant à dissuader le peuple palestinien de continuer de défendre son droit à disposer d'un Etat.
Au plan régional, les réactions d'Etats arabes, tels que la Jordanie, le Sultanat d'Oman, l'Irak, la Syrie et le Liban, qui ont précisé que la conférence du Bahreïn ne pouvait se substituer à un accord de paix en bonne et due forme, ont conforté davantage les Palestiniens à poursuivre la lutte contre l'occupation israélienne.
Des experts et des observateurs de la scène internationale ont, aussi, été unanimes à souligner que l'atelier de Manama n'a été finalement qu'«une perte de temps» et que «le plan de paix américain est détaché complètement de l'horizon politique auquel aspirent les Palestiniens».
En omettant d'évoquer le blocus imposé depuis plus de 10 ans à la Bande de Ghaza, alors qu'il étouffe un territoire où vit des millions de Palestiniens, la conférence de Manama n'a fait qu'accentuer la méfiance et le rejet vis-à-vis de cet «Accord du siècle» tant défendu par l'administration américaine, a-t-on encore relevé.